Une nouvelle accablante nous est parvenue de France : un grand malheur est arrivé — notre Dmitri Sekouchine n’est plus. Il est très difficile d’y croire, et douloureux de l’écrire. Notre chagrin est sans mesure. Nous avons appris son décès le 26 janvier.
Dima avait 52 ans. Il laisse derrière lui sa mère, sa sœur, sa femme et son fils. Depuis septembre 2024, il vivait en France, où il avait obtenu l’asile politique l’été dernier.
Il est difficile de surestimer ce que Dmitri a accompli en tant que l’un des initiateurs et organisateurs du mouvement citoyen « Pomorye — pas une décharge ! ». Sa position civique active, son inquiétude sincère pour l’avenir du Nord de l’oblast d’Arkhangelsk et de tout le pays, son énergie créatrice, ses idées constructives, ses capacités d’organisation et sa compétence juridique ont largement contribué à faire du mouvement écologiste de 2018–2020 — entré dans l’histoire comme la mobilisation des défenseurs de Chiès — un mouvement de masse. Il a participé à toutes les actions : de la préparation et la diffusion de matériel militant (badges et autocollants rouges avec les symboles de la protestation, tracts pour les rassemblements et piquets au design marquant — l’incarnation de ses idées) et de l’organisation de rassemblements et de piquets, jusqu’au règlement de questions juridiques complexes.
Pour beaucoup de défenseurs de Chiès, il était un ami proche, un camarade bon et bienveillant. Une personne chère au cœur.
Ce n’est pas seulement un écologiste qui nous a quittés — c’est un héros. Dmitri a dirigé une résistance dont l’efficacité a surpassé n’importe quelles protestations de la capitale. Il a uni et mobilisé l’oblast d’Arkhangelsk — des personnes qui se sont opposées à la décision de transformer leur terre en dépotoir pour les déchets de la capitale.
Voici ce qui s’est passé : les habitants de la capitale étaient indignés par les décharges, et les autorités ont décidé d’envoyer les déchets dans l’oblast d’Arkhangelsk, convaincues que là-bas, on accepterait tout en silence. Mais il n’en a rien été. Les habitants du Nord ont installé un campement de tentes sur le site de la future décharge et y ont vécu pendant une année entière — y compris en hiver. Ils ont tenu bon face à l’arbitraire policier, face à une tentative de détruire l’avenir de la taïga et de polluer ses sols et ses eaux souterraines.
Il n’a pas plié. Il a tenu, et il a gagné. Il n’a pas seulement vaincu un système — il a vaincu la peur et l’indifférence, en menant une protestation véritablement populaire.
Son nom devrait être inscrit en lettres rouges dans les manuels d’histoire — comme celui de l’un des rares qui aient réussi à vaincre ce système criminel.
Repose en paix, Héros.