S’agit-il de sarcasme ou non — la question reste ouverte, mais il est difficile de considérer cette nouvelle comme un événement majeur dans la lutte pour les droits de la société civile en Russie. Ancienne candidate à la présidence, désormais qualifiée d’« agent de l’étranger » et dirigeante du parti non enregistré « Rassvet », Ekaterina Duntsova s’adresse à Vladimir Putin avec une question pour le moins inhabituelle.
L’essence de la démarche est la suivante : est-il possible, pour ceux qui s’opposent aux restrictions d’Internet, de protester en restant chez eux, en faisant du bruit dans les limites autorisées — fenêtres ouvertes ? La formulation, pour le moins, suscite l’étonnement et laisse place à de multiples interprétations.
Il est difficile d’imaginer que cette question puisse être prise au pied de la lettre. Une suite logique se dessine : si même cette forme d’expression est interdite, la prochaine question portera-t-elle sur la possibilité de protester fenêtres fermées ? Ou bien l’acte même de poser la question constitue-t-il une forme de protestation — une tentative de souligner, par l’absurde, les limites des formes d’expression autorisées ?
Dans ce contexte, tout cela ressemble davantage à une satire politique. Or, la satire devient souvent un moyen de parler de la peur, de la pression et des limites de la liberté — surtout lorsque la parole directe devient impossible.
Aujourd’hui, je me suis adressée à Vladimir Poutine et à d’autres représentants du pouvoir avec une question simple mais importante. Nous souhaitons organiser une protestation à domicile pour un Internet libre, mais nous ne savons pas si cela peut être fait sans exposer les participants à des risques.
La situation de l’accès à Internet se dégrade de jour en jour, et tout indique que la Russie pourrait être coupée du réseau mondial. Les manifestations publiques sont soit interdites en raison de l’épidémie de COVID, soit refusées, et les tentatives d’en organiser se terminent souvent par des arrestations et des violences contre les organisateurs. En réalité, on nous fait comprendre que manifester dans la rue est impossible.
C’est pourquoi nous envisageons une alternative : une protestation à domicile. Pendant une semaine, à 20 heures, ouvrir les fenêtres et faire du bruit pour un Internet libre — klaxonner, siffler, taper sur des casseroles, mettre de la musique — par tout moyen sûr et dans les limites autorisées. Formellement, cela n’est pas interdit, mais nous savons tous à quel point la loi est interprétée de manière “flexible” aujourd’hui.
C’est pourquoi nous avons besoin d’une réponse claire des autorités : cette forme d’expression est-elle légale ou entraînera-t-elle des poursuites ? Si oui — nous organiserons cette action. Sinon — il faudra admettre qu’il ne reste aucun moyen légal pour les citoyens d’exprimer leur position.
Source : chaîne Telegram d’Ekaterina Duntsova — https://t.me/Duntsova/912