Elle a traversé les arrestations, la psychiatrie punitive, le harcèlement et les persécutions politiques sans jamais renoncer à ses convictions. Sans ménager sa volonté, elle a combattu ceux qu’elle considérait comme les ennemis de la liberté et de la dignité humaine. Pour les uns, elle était une radicale ; pour les autres, un symbole de résistance. Pourtant, même ses adversaires remettaient rarement en cause son intégrité et son courage personnel.

Valeria Ilinitchna a vécu toute sa vie dans le combat et a quitté ce monde trop tôt, sans voir la Russie devenir le pays dont elle rêvait. Pourtant, elle a laissé derrière elle bien plus que des articles, des discours et des livres. Elle a laissé un testament politique et moral.

Extrait du livre inédit Mon Carthage doit être détruite

« Notre histoire est un combat éternel au bord d’un effondrement éternel pour le droit de quitter le désert totalitaire et d’atteindre la Terre promise — l’Occident, l’atlantisme. Dans notre histoire soufflent des vents cruels et brûlent des feux. Nous, les occidentalistes, héritiers des traditions slaves et scandinaves, y combattons les porteurs des traditions byzantine et de la Horde, les chassant de nos cœurs, de nos gènes, de notre mémoire et de notre vie politique.

Nous sommes peu nombreux ; comme un mince filet d’eau, nous nous frayons un chemin à travers les sables de mille années. Depuis quatre siècles, à commencer par le procès de Youri Krijanitch, nous sommes persécutés, expulsés, torturés, exécutés, effacés et interdits. Pourtant, chaque matin nous ressuscitons pour marcher vers la mort chaque nuit. Nous entraînons notre pays derrière nous et inscrivons dans son histoire les seules lignes dignes de ce nom — avec notre propre sang — et un jour nous ne mourrons plus.

Alors la Statue de la Liberté se dressera sur l’une des îles Solovki : au-dessus du canal de la mer Blanche, au-dessus du Kremlin, au-dessus du Goulag et de la Loubianka, comme le symbole éternel de notre victoire. Nous sommes les parachutistes de l’Occident sur la terre russe ; nous sommes arrivés ici avec les Varègues au VIIIe siècle et nous n’abandonnerons jamais notre tête de pont.

Nous détruisons le passé soviétique comme les vestiges d’une Carthage éternelle, un Empire du Mal qui doit céder la place à une Rome jeune, brillante et noble — la démocratie occidentale, notre Atlantide. »

Extrait du livre inédit de Valeria Novodvorskaïa Mon Carthage doit être détruite.

Cet extrait permet peut-être de comprendre Novodvorskaïa mieux que bien des biographies et des mémoires. On n’y trouve aucun compromis politique, aucune tentative de plaire au lecteur ou d’adoucir ses positions. Novodvorskaïa y apparaît telle qu’elle fut toute sa vie : intransigeante, romantique, maximaliste et convaincue que la liberté mérite tous les sacrifices.

Pour elle, Carthage n’était pas une cité antique, mais une métaphore de la peur, de l’absence de liberté, de la violence d’État et du passé impérial. Ainsi, sa célèbre formule sur la destruction de Carthage n’était pas un appel à la destruction en soi, mais un appel à dépasser l’héritage qui, selon elle, empêchait la Russie de devenir un pays libre.

Et peut-être qu’aucune phrase ne résume mieux son parcours que celle qui reste associée à son nom :

« La Russie sera libre. »

C’est en cette Russie que Valeria Ilinitchna Novodvorskaïa a cru jusqu’à son dernier jour.

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