L’aggravation du conflit entre les États-Unis et l’Iran pose à nouveau la question des limites de la politique de force et de la capacité des institutions internationales à remplir leur fonction fondamentale — prévenir l’extension de la guerre. Une inquiétude particulière tient au fait que cette escalade se produit dans le contexte de l’agression continue de la Russie contre l’Ukraine et de l’affaiblissement général des mécanismes juridiques internationaux de dissuasion.
Dans de telles conditions, il semble logique de recourir non seulement aux canaux diplomatiques bilatéraux ou régionaux, mais aussi aux instruments dont dispose l’Organisation des Nations unies. L’ONU a précisément été créée comme une structure universelle destinée à répondre aux menaces contre la paix et la sécurité internationales. Cependant, dans la pratique, les appels à son implication active se font de plus en plus rares, en raison notamment du scepticisme accumulé quant à son efficacité réelle.
Les limites de l’ONU sont apparues de manière particulièrement évidente dans le contexte de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. L’Assemblée générale a adopté à plusieurs reprises des résolutions condamnant l’agression et réaffirmant les principes fondamentaux du droit international. Toutefois, le Conseil de sécurité s’est révélé incapable de prendre des décisions efficaces, la Russie, membre permanent, les bloquant grâce à son droit de veto. Cette situation met en évidence un problème structurel du système actuel de sécurité internationale : une organisation universelle dépend d’un mécanisme dans lequel les membres permanents peuvent paralyser la volonté collective de la majorité des États.
Par ailleurs, les actions des États-Unis en dehors de leur territoire ont souvent été menées sans véritable débat international ni fondement clair sur des décisions du Conseil de sécurité. L’exemple le plus emblématique reste l’invasion de l’Irak en 2003, qui a eu des conséquences majeures non seulement pour la région, mais aussi pour l’ensemble du système international, en affaiblissant la confiance dans les mécanismes de sécurité collective.
Néanmoins, les critiques adressées à l’ONU ne signifient pas que l’organisation est inutile. Au contraire, l’absence d’alternative efficace rend son utilisation d’autant plus nécessaire. Créée après deux guerres mondiales, l’ONU visait à prévenir de nouvelles catastrophes globales. Sa réalisation normative majeure demeure la Déclaration universelle des droits de l’homme.
Les faiblesses de l’ONU sont inscrites dans sa conception même. Elle a été fondée par les puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale, qui ont cherché à la fois à établir un ordre universel et à préserver leurs privilèges. D’où un système combinant l’égalité formelle des États à l’Assemblée générale et le statut privilégié des membres permanents du Conseil de sécurité — une contradiction toujours présente aujourd’hui.
Dans la situation actuelle, la question n’est donc pas de faire confiance ou non à l’ONU, mais d’utiliser concrètement les mécanismes encore disponibles. Face au risque d’escalade entre les États-Unis et l’Iran, il est nécessaire d’activer sans délai les procédures prévues par la Charte des Nations unies.
Une première étape pourrait être la saisine urgente du Conseil de sécurité. Même sans décision commune, le débat créerait un cadre politique et institutionnel favorisant la désescalade et la coordination de mesures minimales.
Si le Conseil de sécurité reste paralysé, une autre option est la convocation d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale selon la résolution 377 A (V) « Uniting for Peace ». Ce mécanisme permet de formuler une position collective et de recommander des mesures diplomatiques.
Bien que ses résolutions ne soient pas juridiquement contraignantes, leur légitimité politique peut influencer les acteurs du conflit, notamment lorsque les coûts d’une escalade deviennent trop élevés.
Enfin, malgré ses limites, l’ONU demeure la seule plateforme universelle permettant de traiter ces questions. Ne pas l’utiliser reviendrait à confirmer un retour à une logique de force plutôt que de droit.
Publié sur Ekho Moskvy le 21 avril 2026.