Le système judiciaire russe continue de sombrer toujours plus profondément dans la dégradation : aujourd’hui, pour accuser quelqu’un de « trahison », il suffit de plus en plus souvent non pas de prouver la transmission d’informations secrètes, mais simplement le fait de les posséder — même sans preuve de préjudice, d’intention ou de contact avec une partie étrangère. La logique d’une telle approche est absurde : c’est comme accuser une personne de meurtre simplement parce qu’elle posséderait l’arme présumée du crime. Les tribunaux cessent progressivement d’être des lieux de recherche de la vérité pour devenir des mécanismes d’intimidation, où la présomption d’innocence est remplacée par une présomption de suspicion.
Cette dérive est particulièrement illustrée par l’affaire de Maria Bontsler. Selon le journaliste Konstantin Rozhkov, les nombreuses expertises n’ont confirmé aucun transfert d’informations « ultra-secrètes ». En réalité, l’accusation repose essentiellement sur le fait que Maria Bontsler « avait la possibilité » de transmettre ces informations. Autrement dit, une personne est poursuivie non pour un acte commis, mais pour la capacité potentielle de le commettre.
Dans le même temps, Maria Bontsler, malade, reste détenue en centre de détention provisoire, et les autorités refusent de la placer en résidence surveillée malgré ses problèmes de santé et la nécessité d’un régime alimentaire spécifique. Selon Rozhkov, grâce à des personnes solidaires, environ huit mille roubles ont été réunis sur son compte en détention — une somme qui lui a permis de couvrir environ un mois de nourriture. Dans de telles conditions, même un petit don devient non seulement une aide matérielle, mais aussi un signe qu’une personne n’a pas été oubliée ni abandonnée par la société.
Maria Bontsler souffre de fortes restrictions alimentaires ; il est donc essentiel qu’elle puisse acheter les produits nécessaires et des articles d’hygiène à la boutique de la prison. Il est possible de lui apporter une aide via ZT.ru en sélectionnant « Région de Kaliningrad » → « SIZO-1 Kaliningrad » et en indiquant les coordonnées du destinataire : Maria Vladimirovna Bontsler, née en 1960.
Tout dans cette affaire donne l’impression non pas d’une justice, mais d’une intimidation démonstrative : la procédure devient plus importante que les preuves, et la condamnation plus importante que la recherche de la vérité. À ce rythme, la prochaine étape « logique » pour le système pourrait être la fermeture totale des procès au regard du public, tant le biais et l’orientation accusatoire de ces procédures sont déjà visibles à l’œil nu, même pour ceux qui justifiaient encore récemment ce système. Lorsque l’absurde devient la norme, la publicité des procès cesse d’être un instrument de légitimité pour le pouvoir et devient au contraire un rappel dangereux de l’éloignement du pays par rapport à la notion même de justice.