Depuis le début de l’année 2026, il s’agit déjà d’au moins de la septième mort d’un prisonnier politique en Russie. Et chaque nouveau cas ressemble de moins en moins à une coïncidence tragique et de plus en plus à la conséquence d’un système où le désaccord avec le pouvoir devient un « crime » mortel.

Dans la nuit du 6 au 7 mai, le prisonnier politique Vladimir Iarotski est mort dans la colonie pénitentiaire n°9 de la ville de Khadyjensk, dans la région de Krasnodar. Selon des détenus de cette colonie, il a été retrouvé pendu dans une grande chambre froide de la cantine de la prison. Or, Iarotski était placé sous surveillance spéciale, ce qui signifiait que, selon le règlement interne de la colonie, il n’avait pas le droit de travailler la nuit. Comment il s’est retrouvé dans la cantine pendant la nuit reste une question majeure sans réponse.

De son vivant, Iarotski racontait à d’autres détenus que des employés de l’administration pénitentiaire l’avaient « à plusieurs reprises harcelé, humilié et persécuté ». Dans ce contexte, la version du « suicide » soulève de plus en plus de questions, surtout compte tenu des nombreux témoignages sur les violences et les pressions exercées contre les détenus de l’IK-9. Des défenseurs des droits humains et des prisonniers avaient déjà signalé à plusieurs reprises des problèmes dans cette colonie. Les prisonniers politiques Alexandre Nozdrinov, Alexandre Somriakov, Alexeï Chtchous et Mikhaïl Liakh y sont également détenus.

Le cynisme particulier de cette affaire réside dans le fait que Iarotski n’était ni meurtrier, ni terroriste, ni organisateur de violences. En juin 2023, il a été inscrit sur la liste des « terroristes et extrémistes » du service russe de surveillance financière pour des publications sur Internet. L’une des raisons était une déclaration affirmant que la mort de Vladimir Poutine entraînerait la fin de la guerre en Ukraine. Plus tard, il a été condamné à une amende de 350 000 roubles pour « appels au terrorisme ».

Un autre épisode concernait une image satirique publiée sur VKontakte : un artiste de rue dessine Vladimir Poutine avec un ruban de Saint-Georges autour du cou, mais le dessin se transforme en image obscène. Cela a suffi pour ouvrir une affaire pénale pour « profanation d’un symbole de gloire militaire » et envoyer un homme en prison.

Mais même cela ne semblait pas suffire au système. Plus tard, les forces de sécurité ont ajouté une nouvelle accusation : diffusion de « fausses informations militaires ». Selon l’enquête, Iarotski aurait publié des « informations non confirmées » sur des soldats russes morts ou disparus en Ukraine. En mai 2025, il a été condamné à 5 ans et demi de prison.

Vladimir Iarotski a eu 41 ans le 18 avril.

Aujourd’hui en Russie, une personne peut être qualifiée de terroriste non pas pour des meurtres ou des attentats, mais pour des mots, des dessins, des opinions politiques et des critiques du pouvoir. Pour une satire — la prison. Pour une opinion — l’humiliation et la pression. Et parfois, comme cela arrive de plus en plus souvent dans les prisons russes, — la mort.

Dans ce contexte, la politique de l’État paraît particulièrement monstrueuse : pendant qu’il recrute pour la guerre des criminels condamnés pour des crimes graves en leur promettant de l’argent et la liberté, il détruit des personnes dont le seul « crime » consistait en des mots et des publications sur Internet.

Depuis le début de l’année 2026, les prisonniers politiques Roman Sidorkine, Oleg Tyrychkine, Alexandre Dotsenko, Vladimir Ossipov, Andreï Akouzine et Vegan Khristolioub Bojii ont déjà été retrouvés morts dans des prisons et centres de détention russes. Désormais, le nom de Vladimir Iarotski s’ajoute à cette liste.

Et chaque nouveau cas de ce genre ressemble de moins en moins à une tragédie isolée et de plus en plus à une accusation contre tout le système, où la cruauté d’État, l’humiliation et la peur deviennent la norme.

Source : chaîne Telegram « Politzek-Info »
Politzek-Info

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