Cette histoire trouve son origine dans l’un des épisodes les plus sanglants de la guerre, lié aux actions des forces russes à Marioupol : la destruction d’un lieu où des civils cherchaient refuge contre les bombardements incessants.

Le théâtre dramatique de Marioupol est devenu un lieu de rassemblement pour des centaines de personnes, y compris des enfants, qui espéraient survivre dans une ville dévastée. Beaucoup pensaient qu’un grand bâtiment public abritant des civils serait l’endroit le plus sûr de la ville. Selon différents témoignages, plusieurs milliers de personnes pouvaient se trouver dans le bâtiment ou à proximité. Le mot « ENFANTS » était inscrit en très grandes lettres, visibles depuis les airs.

Pourtant, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. L’endroit où les gens cherchaient à échapper à la guerre est devenu un lieu de mort massive. Les personnes réunies pour se protéger sont devenues une cible particulièrement visible. Ce qui devait sauver des vies s’est transformé en piège mortel. Au lieu d’un refuge, elles ont trouvé des ruines sous lesquelles des civils ont été ensevelis alors qu’ils n’avaient qu’un seul objectif : survivre.

C’est après avoir rendu compte de cette tragédie que la journaliste Maria Ponomarenko a été poursuivie. Elle faisait partie de ceux qui ont choisi de parler publiquement de ce qui s’était passé malgré les risques.

Il est particulièrement révélateur de voir qui le système russe considère aujourd’hui comme ses principaux ennemis. Non pas ceux qui possèdent les armes et le pouvoir, mais ceux qui possèdent l’information et la conscience. De plus en plus souvent, ce sont des journalistes qui se retrouvent derrière les barreaux pour avoir choisi la vérité plutôt que la peur, la carrière ou la sécurité personnelle.

La première affaire pénale contre Maria Ponomarenko a été ouverte après ses publications sur la tragédie de Marioupol, au titre de la loi russe sur les prétendues « fausses informations » concernant l’armée. Pour avoir parlé d’événements que de nombreux défenseurs des droits humains estiment devoir faire l’objet d’une enquête internationale, elle a été condamnée à six ans de prison.

Mais les poursuites ne se sont pas arrêtées là. Pendant sa détention, Maria Ponomarenko a dénoncé à plusieurs reprises des conditions de détention assimilées à de la torture, ainsi que des pressions et des mauvais traitements. Elle a également tenté de mettre fin à ses jours à plusieurs reprises, illustrant la gravité de la situation qu’elle subissait.

Au lieu d’enquêter sur ses accusations, de nouvelles affaires pénales ont été ouvertes contre elle. Chaque nouvelle condamnation reposait sur des accusations de « désorganisation du fonctionnement d’un établissement pénitentiaire ».

Récemment, le tribunal municipal de Roubtsovsk, dans le kraï de l’Altaï, l’a condamnée à un an et dix mois supplémentaires de prison. Il s’agit déjà de la troisième affaire pénale engagée contre la journaliste.

Aujourd’hui, Maria Ponomarenko a reçu sa troisième condamnation pénale. La question de savoir si elle pourra retrouver sa liberté dans un avenir proche reste ouverte. Tout porte à croire que même la prison n’a pas réussi à réduire sa voix au silence.

Source : chaîne Telegram « Politzek »
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