Nous savons à quel point les autorités et les activistes pro-gouvernementaux cherchent, de manière systématique, à profaner et à détruire les symboles de mémoire et de respect envers les héros démocratiques populaires — il suffit de se souvenir de ce qui s’est passé sur le lieu de l’assassinat de Boris Nemtsov. Aujourd’hui, il semble qu’ils s’en prennent aussi à ceux qu’on ne peut pas « annuler » autrement : la mémoire de personnes assassinées pour avoir défendu le droit de dire la vérité. Et il faut le dire clairement : la répression ne vise pas seulement les vivants. Elle s’exerce aussi contre les assassinés — contre la mémoire, les noms et les marques publiques de respect.
Ce qui suit n’est qu’une chronologie de l’absurde.
Pour la septième fois, des militants ont installé une plaque commémorative sur l’immeuble où vivait Anna Politkovskaïa. La précédente a de nouveau été arrachée — une nouvelle plaque a été fixée à sa place. Des bénévoles ont accroché une photo d’Anna à côté et ont déposé des fleurs.
Politkovskaïa était journaliste à Novaïa Gazeta et défenseure des droits humains. Elle écrivait sur la guerre et les crimes, sur la torture et les enlèvements, sur la Tchétchénie — sur ce que les autorités préféraient ne pas voir.
Le 7 octobre 2006, elle a été abattue dans l’ascenseur de son immeuble. Une plaque commémorative avait ensuite été posée sur la façade — et le 18 janvier 2026, elle a été brisée (https://t.me/zapravarf/4155?single). Après l’indignation publique, un tribunal a reconnu Aleksandr Filippov coupable (https://t.me/zapravarf/4169) et l’a « sévèrement » sanctionné : 1 000 roubles d’amende pour « trouble mineur à l’ordre public ».
Et puis, le plus révélateur a commencé : non pas une enquête, non pas une protection de la mémoire, non pas la prévention du vandalisme — mais une chaîne industrielle de destruction.
Du 19 au 23 janvier, différentes personnes ont installé quatre autres plaques — et chacune a été détruite (https://t.me/zapravarf/4175). Le 24 janvier, les militants ont placé la cinquième plus haut et l’ont suspendue à une ficelle, car la colle et le ruban adhésif s’étaient révélés « insuffisamment résistants aux vandales » (https://t.me/zapravarf/4181). Elle aussi a été retirée. Le 25 janvier, la plaque a été réinstallée pour la sixième fois (https://t.me/rusnews/79498). Une plaque du projet « Dernière adresse » (Posledniy adres) est également apparue. Et à côté, les militants ont ajouté un autre panneau — un diagnostic sans détour :
« Ici, on réprime la plaque commémorative d’Anna Politkovskaïa… Liberté aux prisonniers politiques ! »
Ce n’est ni une querelle autour d’une plaque, ni un « conflit de voisinage ». C’est une démonstration de force : on ne vous autorise même pas à vous souvenir. Mais tant que les plaques reviennent — la mémoire ne disparaît pas.