De nouveaux exemples d’inhumanité à l’égard d’actes pourtant profondément humanitaires de la part des personnes poursuivies par le système judiciaire russe continuent de battre des records. L’un des exemples les plus récents est l’affaire du programmeur Alexandre Levchichine, originaire de la région d’Irkoutsk. La Cour de cassation à Moscou a confirmé sa condamnation à 14 ans de colonie pénitentiaire à régime sévère ainsi qu’à une amende de 50 000 roubles pour « haute trahison ».
Ce qui rend cette affaire particulièrement frappante, c’est qu’Alexandre Levchichine a travaillé de nombreuses années dans le système de santé, qu’il était donneur de sang honorifique et qu’il a donné sa moelle osseuse à plusieurs reprises, une procédure difficile et potentiellement risquée pour le donneur. Selon l’enquête, l’un des motifs de l’accusation était un don d’environ 1 400 roubles destiné à une ambulance pour des Ukrainiens. Les enquêteurs ont également affirmé qu’il avait copié des dossiers médicaux électroniques de militaires dans l’intention de les transmettre à la partie ukrainienne. Toutefois, aucun transfert effectif de ces données n’a été démontré.
Tout dans cette affaire est troublant : un homme qui a consacré des années à sauver des vies a été condamné à 14 ans de prison. Pour de nombreux observateurs, cela apparaît non seulement comme une sanction pour des actes présumés, mais aussi comme le symbole du fait que l’humanité envers ceux que l’État considère comme ses ennemis est devenue suspecte.
Les juges et les responsables qui, selon les critiques, ont privé toute une génération de valeurs humanistes continuent d’enseigner aux jeunes générations que le slogan « paix au monde » serait erroné. Ils cherchent à convaincre que la guerre ferait partie de l’identité russe et que les Russes auraient remporté toutes les guerres, tout en oubliant de rappeler à quel prix et avec quelle aide cela a été possible.
Les autorités russes semblent avoir une mémoire très courte. Chaque fois que la Russie a été confrontée à la famine, à la destruction ou à la menace d’une catastrophe humaine, les pays occidentaux lui sont venus en aide. Pendant la famine de 1921-1923, l’American Relief Administration nourrissait quotidiennement des millions de personnes et a sauvé d’innombrables vies. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’Union soviétique a reçu une aide du programme prêt-bail dont la valeur actuelle est estimée à environ 200 milliards de dollars. Après la guerre, seule une faible partie de cette aide a été réclamée en remboursement, et les règlements définitifs n’ont été achevés qu’en 2006, soit plus de soixante ans après la fin du conflit. Le montant total remboursé représente environ 0,36 % de la valeur actuelle estimée de l’aide reçue.
Pourtant, comment le pouvoir russe a-t-il répondu ? Chaque fois que le pays se relevait d’une famine, d’une guerre ou d’une période de destruction, l’Occident redevenait un ennemi.
Il est important de distinguer la Russie, le peuple russe et le système politique. De nombreux critiques estiment que le problème ne concerne pas « la Russie dans son ensemble », mais une tradition politique issue de la période bolchevique après 1917. Selon eux, les dirigeants communistes puis une partie de la nomenklatura soviétique et des services de sécurité ont créé un modèle d’État dans lequel les intérêts des élites dirigeantes passent avant les droits humains, la dignité et même l’humanité élémentaire.
Dans cette perspective, de nombreux dirigeants actuels des services de sécurité et de l’État russe, issus du système du KGB, sont considérés non comme les héritiers de la Russie historique mais comme ceux de la culture politique soviétique. Les critiques estiment ainsi que la responsabilité incombe non pas aux Russes dans leur ensemble, mais à la continuité d’un système politique particulier pour lequel les intérêts du pouvoir sont traditionnellement placés au-dessus des intérêts de l’individu.
Ce schéma s’est répété après la famine des années 1920, après la Seconde Guerre mondiale et après les années 1990, lorsque les pays occidentaux, les institutions financières internationales et les organisations humanitaires ont fourni à la Russie des prêts, une aide alimentaire et un soutien aux réformes économiques. Dès que la crise était passée, une nouvelle recherche d’ennemis extérieurs commençait.
Heureusement, tous les Russes ne partagent pas cette vision. Beaucoup sont prêts à donner une partie d’eux-mêmes sous forme de sang, de moelle osseuse ou d’aide financière à ceux qui en ont besoin. Pourtant, ces personnes deviennent souvent les ennemis d’un système pour lequel l’humanité et la gratitude sont les ennemies d’un système fondé sur la confrontation et la désignation d’ennemis.
Selon ses critiques, un tel système cherche de nouveaux conflits dès qu’il surmonte une crise afin de démontrer sa grandeur. Lorsqu’il manque de véritables réalisations, il propose une illusion de grandeur fondée sur l’hostilité, la division et les récits de supériorité.
Heureusement, tout le monde n’accepte pas ce message. Il existera toujours des personnes prêtes à se sacrifier pour les autres et à servir des objectifs humains plutôt qu’inhumains. Elles rappellent que l’humanité n’a pas de nationalité et que la compassion ne devrait jamais être considérée comme un crime.
Source: the Telegram channel “Politzek Info”
Politzek Info Telegram channel