Quelque chose est en train de se produire sur le front qui, il y a encore peu de temps, paraissait presque impensable.
Aussi difficile que cela soit à admettre, durant une grande partie de son pouvoir, Vladimir Poutine a bénéficié à plusieurs reprises de circonstances favorables. Les prix élevés du pétrole, les hésitations de l’Occident à appliquer les engagements liés au Mémorandum de Budapest, ainsi que de nombreux autres facteurs, ont permis au système de se maintenir année après année. Chaque nouvelle crise semblait même renforcer sa stabilité.
Pourtant, il existe une réalité que même la censure totale ne peut effacer.
On peut diffamer des opposants politiques, les isoler de la société et les envoyer en prison en s’appuyant sur un appareil policier et judiciaire entièrement contrôlé. Mais il est impossible de tromper tout le monde indéfiniment. La propagande peut convaincre des hommes de partir à la guerre, mais elle perd toute sa force lorsque les promesses diffusées par les médias officiels se heurtent à la réalité vécue sur le terrain.
Surtout lorsque les soldats découvrent de leurs propres yeux un système où la vie humaine devient une simple ressource consommable, tandis que la guerre se transforme en source d’argent, de promotions et de carrières pour certains, au prix de la vie et du destin des autres.
C’est précisément pour cette raison que des signaux, encore inimaginables il y a peu, commencent à apparaître de plus en plus souvent. Ce qui n’était autrefois évoqué qu’à voix basse s’exprime désormais publiquement.
L’un de ces signaux est la déclaration très remarquée d’Alexandre Lounine, ancien commandant d’une section de reconnaissance du bataillon de volontaires « Sudoplatov ».
Selon Lounine, des représentants de haut rang du ministère de la Défense ainsi que des services de sécurité l’auraient contacté afin qu’il transmette à Vladimir Poutine ce qui se passe réellement sur le front. En retour, il a exigé une rencontre personnelle avec le président ainsi que la possibilité de s’exprimer à ses côtés lors d’une émission diffusée en direct.
À défaut, Lounine a formulé une déclaration sans précédent :
« Si je ne suis pas reçu prochainement au Kremlin et si je ne peux pas prendre la parole en direct à vos côtés, l’armée retournera ses armes contre le Kremlin. »
Selon lui, ces propos trouvent leur origine dans la situation des militaires eux-mêmes. Il affirme que des dizaines, des centaines, voire des milliers de soldats russes seraient détenus dans des lieux de détention improvisés contrôlés par leurs propres commandants. Il soutient qu’ils y subissent des actes de torture, des violences et des humiliations.
Toujours selon Lounine, ces soldats ne seraient pas seulement punis pour avoir refusé ce qu’il qualifie d’« ordres absurdes et suicidaires », mais également pour avoir refusé de verser de l’argent à leur hiérarchie. Il affirme que certains d’entre eux sont ensuite déclarés officiellement disparus.
Lounine décrit également une atmosphère de plus en plus tendue au sein de l’armée. Selon lui, le mécontentement parmi les militaires atteint un niveau tel que continuer à ignorer ces problèmes pourrait conduire à un affrontement armé à l’intérieur même du pays.
« Si les soldats tournent aujourd’hui leurs armes contre le Kremlin, le pays sombrera dans un bain de sang. »
Lounine s’est également adressé à ceux qui, selon lui, pourraient tenter de le réduire au silence. Il a déclaré que toute tentative d’attentat contre lui ou contre les membres de sa famille serait interprétée comme le signal du déclenchement d’actions ultérieures.
À ce jour, les déclarations de Lounine concernant ses contacts avec de hauts responsables du ministère de la Défense et des services de sécurité ne peuvent pas être vérifiées de manière indépendante. Néanmoins, le simple fait qu’un ancien combattant formule publiquement de telles accusations témoigne du niveau de tension qui semble régner au sein de l’armée et dont il est de plus en plus souvent question dans le débat public.
Compte tenu du fait que Vladimir Poutine n’a pratiquement jamais montré de volonté de revenir sur ses décisions et qu’il réagit souvent aux difficultés en augmentant les enjeux, dans l’espoir que son adversaire cède le premier, deux scénarios principaux semblent aujourd’hui se dessiner.
Soit la société accepte de continuer à subir de nouvelles vagues de mobilisation, souvent sans équipement suffisant ni soutien logistique adéquat, soit une partie de ceux qui portent déjà les armes décidera un jour de ne plus soutenir un système qu’elle estimera les avoir trompés.
L’histoire montre que de telles situations se sont déjà produites. Il suffit de rappeler la rébellion menée par Evgueni Prigojine, un événement qui, peu auparavant encore, paraissait lui aussi presque impossible.
Il serait donc prématuré d’exclure totalement un scénario similaire.
Il ne reste qu’à espérer que, si un tel moment devait un jour se produire, ceux qui porteront les armes feront preuve de davantage d’humanité que ceux qui leur auront donné les ordres.
Source : chaîne Telegram « N’attendez pas de bonnes nouvelles »
https://t.me/ne_zhdi_novosti/6737