Un nouvel épilogue du bon sens ? Sept ans de prison pour un député pour avoir parlé de faits faisant depuis longtemps l’objet d’enquêtes internationales
Un nouveau verdict. Une nouvelle personne condamnée à une peine comparable à celles prononcées pour de graves crimes violents. Cette fois, il s’agit de sept ans d’emprisonnement pour Maxim Krouglov, ancien député de la Douma de Moscou et vice-président du parti Iabloko.
À l’origine de cette condamnation figurent deux publications sur Telegram, diffusées au printemps 2022. Elles portaient sur les événements de Boutcha et sur la guerre en Ukraine. Dans ces messages, Krouglov critiquait les actions de l’armée russe. C’est pour ces publications qu’il a été reconnu coupable au titre de la loi réprimant les prétendues « fausses informations sur l’armée ».
Mais ce qui frappe n’est pas tant la peine elle-même.
Ce qui frappe, c’est sa justification.
Il ne s’agissait ni de secrets militaires, ni d’appels à la violence. Les poursuites portent sur des événements étudiés depuis plusieurs années par des journalistes, des organisations internationales, des défenseurs des droits humains et des organes d’enquête de nombreux pays. Concernant Boutcha, de nombreuses enquêtes, images satellites et témoignages ont été publiés. Pour Marioupol également, il existe un important ensemble de documents et de preuves, même si certaines enquêtes sont toujours en cours.
Pourtant, l’État russe affirme de fait que lui seul est habilité à décider de ce qui constitue la vérité et de ce qui constitue le mensonge, indépendamment des preuves disponibles.
Pour des paroles que l’État considère comme fausses, une personne peut recevoir une peine comparable à celles prévues pour des crimes particulièrement graves.
Et de qui s’agit-il ? D’un député.
D’un élu dont la mission est précisément de représenter ses électeurs, de critiquer le pouvoir et de participer au débat public.
Une construction paradoxale apparaît alors : selon les critiques du système politique russe, les élections perdent progressivement leur véritable caractère compétitif, les poursuites pénales deviennent un instrument de lutte contre la dissidence, et la critique du pouvoir cesse d’être un élément normal de la vie politique pour devenir un crime.
Si l’État décide seul de ce qui est vrai, et que le simple désaccord avec cette vérité peut conduire à plusieurs années de prison, reste-t-il encore une place pour le débat politique ?
La politique commence alors à prendre les caractéristiques d’un dogme religieux.
La religion repose sur la foi. La politique, elle, repose sur la confrontation des idées, la comparaison des arguments, le débat contradictoire et la remise à l’épreuve permanente des décisions.
Lorsque l’État érige sa propre position politique en vérité unique et transforme toute opinion divergente en infraction pénale, la politique cesse de s’appuyer sur les preuves — voire punit ceux qui les invoquent publiquement — pour exiger la foi.
Cette évolution apparaît clairement dans la formulation même de l’accusation.
Le tribunal a estimé que les publications de Maxim Krouglov étaient « motivées par la haine ou l’hostilité politique et idéologique », qualification qui a permis de retenir le point « d » de la partie 2 de l’article 207.3 du Code pénal russe.
Pourtant, lors de sa dernière déclaration devant le tribunal, Krouglov a parlé de tout autre chose.
Il a remercié le tribunal pour le déroulement correct des audiences et pour leur caractère public, qui a permis à ses amis et à ses collègues d’y assister. Il a ensuite expliqué que l’amour de son pays avait toujours été la principale motivation de toute sa vie.
« D’un pays où les droits humains sont respectés et où la vie humaine a de la valeur. »
Il a conclu par ces mots :
« Je veux que la Russie soit un pays pacifique et prospère, aux frontières reconnues internationalement, un pays que l’on respecte sans le craindre. Je crois que je pourrai voir ma fille grandir dans un tel pays. »
C’est précisément là que se pose la principale question de ce procès.
D’un côté, une décision de justice évoquant une « haine politique et idéologique ». De l’autre, un homme qui parle de l’amour de son pays, des droits humains, de la paix et de l’avenir de sa fille.
Si la critique du pouvoir est assimilée à une forme de haine politique, alors le citoyen n’est plus seulement tenu de respecter la loi : il lui faut également démontrer sa loyauté politique envers la version officielle des faits.
C’est ici que l’une des frontières les plus absurdes est franchie.
Si l’État s’arroge le droit exclusif de définir la vérité, si la critique devient un crime et si le doute peut conduire à plusieurs années de prison, alors il ne s’agit plus seulement d’un monopole sur le pouvoir, mais aussi d’un monopole sur la vérité.
Le député Maxim Krouglov condamné à sept ans de prison
Le tribunal du district Zamoskvoretski de Moscou a reconnu Maxim Krouglov, ancien député de la Douma de Moscou et vice-président du parti Iabloko, coupable au titre du point « d » de la partie 2 de l’article 207.3 du Code pénal russe et l’a condamné à sept ans d’emprisonnement. Le procureur avait requis huit ans de colonie pénitentiaire.
Les poursuites reposaient sur deux publications diffusées sur son canal Telegram personnel en avril 2022. L’une concernait le massacre de Boutcha ; dans l’autre, le responsable politique, en s’appuyant sur des données des Nations unies, évoquait des civils ukrainiens tués au cours des hostilités.
Le tribunal a estimé que ces publications étaient « motivées par la haine ou l’hostilité politique et idéologique ».
Maxim Krouglov a été arrêté le 1er octobre 2025. Il n’a pas reconnu sa culpabilité.