Tribune
Oleg Elantchik
Membre de l’Institut Sakharov
Elena Kotyonotchkina
Membre de l’Institut Sakharov
Lev Ponomarev
Fondateur et président de l’Institut Sakharov
Au moment où s’ouvre l’Assemblée générale de l’ONU le 8 septembre, les membres de l’Institut Sakharov, Oleg Elantchik, Elena Kotenotchkina et Lev Ponomarev, appellent, dans une tribune au « Monde », les Nations unies à contourner le veto russe au Conseil de sécurité afin de contraindre Moscou à arrêter son agression contre l’Ukraine.
Publié aujourd’hui à 14h00, modifié à 16h36 Temps de Lecture 3 min.
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A l’approche de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies, qui se tiendra du 8 au 22 septembre, la communauté internationale doit cesser de considérer la paralysie du Conseil de sécurité comme une fatalité. Des instruments permettant de passer des déclarations à l’action existent encore. Et la société civile internationale doit s’engager dans ce processus de transformation.
La guerre à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine entre dans sa cinquième année. Son intensité ne cesse de croître.
Selon la Mission de surveillance des droits de l’homme des Nations unies en Ukraine, au cours des six premiers mois de 2026 seulement, au moins 1 396 civils ont été tués et 7 978 blessés dans le pays. Le nombre de victimes civiles a été supérieur de 37 % à celui enregistré au cours de la même période en 2025. Au 31 juillet 2026, 16 870 civils avaient été tués au total sur le territoire contrôlé par l’Ukraine.
De nombreux experts estiment que les actions des forces russes présentent des caractéristiques pouvant relever du génocide. Le président russe [Vladimir Poutine] nie ouvertement l’existence même de la nation ukrainienne. Des représentants des autorités russes brandissent publiquement la menace d’une guerre nucléaire.
Depuis 2014, l’Assemblée générale des Nations unies a condamné à plusieurs reprises la Russie et reconnu la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine. Le 24 février, elle a adopté en dernier lieu la résolution A/RES/ES-11/10 qui a réaffirmé l’intégrité territoriale de l’Ukraine et appelé à un cessez-le-feu immédiat, complet et inconditionnel entre la Russie et l’Ukraine. La résolution a été soutenue par 107 Etats, tandis que 12 ont voté contre et 51 se sont abstenus. Elle a donc recueilli le soutien d’une majorité des 193 membres de l’ONU.
Mais les décisions adoptées restent dépourvues de mécanismes efficaces de mise en œuvre et de contrôle. Les résolutions de l’Assemblée générale ne peuvent devenir contraignantes que si elles sont approuvées par le Conseil de sécurité. Or, dans le cas présent, ce dernier est incapable d’assumer la responsabilité qui lui incombe : la Russie, membre permanent du Conseil, dispose du droit de veto tout en étant elle-même partie à la guerre.
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Cette situation ébranle l’ensemble du système de sécurité collective : un Etat disposant du droit de veto peut recourir à la force contre un autre Etat et, simultanément, empêcher l’adoption de mesures visant à mettre fin à l’agression et à protéger ses victimes.
La 81e session de l’Assemblée générale doit devenir le moment où l’on passe des déclarations générales à une véritable action en faveur de la paix.
Une solution de remplacement
Des tentatives visant à renforcer l’ONU ont déjà été entreprises à plusieurs reprises. L’une des initiatives les plus importantes a été proposée en 2015 par la France et le Mexique : elle prévoit que les membres permanents du Conseil de sécurité renoncent volontairement à recourir au veto dans les situations d’atrocités de masse.
Lors de la 81e session, cette initiative devrait être consacrée par une résolution politique. En mai 2026, elle bénéficiait du soutien de 118 États. Elle ne nécessite aucune modification de la Charte des Nations unies.

Le mémorial de Maïdan, situé sur la place de l’Indépendance, à Kiev, le 19 avril 2026. ADRIEN VAUTIER/LE PICTORIUM POUR « LE MONDE »
Une solution de remplacement ou complémentaire pourrait être l’adoption par l’Assemblée générale d’une résolution appelant au respect obligatoire de l’abstention prévue par l’article 27, paragraphe 3, de la Charte des Nations unies. Cette disposition prévoit que, lorsque le Conseil de sécurité prend des décisions relatives au règlement pacifique des différends, un membre du Conseil qui est partie prenante du différend doit s’abstenir de voter.
Il ne faut pas sous-estimer le rôle de la société civile et du mouvement de défense des droits humains. La société civile pourrait s’unir autour d’une exigence commune : l’adoption d’une résolution sur la renonciation volontaire au droit de veto et l’application sans réserve des mécanismes prévus par la Charte des Nations unies lors de l’examen de la guerre menée par la Russie en Ukraine.
Nous pouvons commencer par adresser des demandes et des pétitions aux ministères des affaires étrangères et aux parlements de nos pays, afin qu’ils accordent une attention particulière à la nécessité de telles résolutions et afin d’obtenir de chaque Etat une réponse publique aux propositions avancées.
Il faut demander à l’Assemblée générale de donner la parole aux victimes de la guerre, aux prisonniers de guerre, aux enfants déportés et aux défenseurs des droits humains, et de mettre en place un suivi public des positions et des votes des différents Etats.
Pendant la 81e session de l’Assemblée générale, il sera également nécessaire d’organiser, devant le siège des Nations unies à New York, des rassemblements pacifiques et des piquets en soutien à ces revendications. Nous pouvons nous inspirer du mouvement contre le dérèglement du climat : des dizaines de milliers de personnes ont manifesté et sont ainsi parvenues à imposer la question climatique parmi les priorités de l’ONU.
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Chaque jour, il faut prendre position contre l’usage impuni de la force, contre la loi du plus fort et contre la transformation du Conseil de sécurité en instrument de protection d’un Etat qui viole la Charte des Nations unies.
Publié dans Le Monde le 7 septembre 2026.