Nous voyons tous comment les autorités russes tentent de façonner la loyauté des enfants à travers le système de ce que l’on appelle « l’éducation patriotique », en diffusant un message simple : « nous avons raison et nous sommes les meilleurs — simplement parce que c’est nous ». L’un des outils utilisés est l’introduction, dès la première classe, d’activités facultatives scolaires telles que les « Conversations sur l’important ». Dans le même temps, les sujets liés aux droits et aux possibilités des citoyens — notamment les droits du travail — sont généralement évités : parler de droits entre inévitablement en conflit avec les intérêts du pouvoir et avec la demande de la société pour un avenir juste et prometteur pour elle-même et pour ses enfants. Dans ce contexte, les représentants des autorités affirment régulièrement que les enseignants touchent des « salaires moyens élevés », alors que de nombreux professeurs ne le constatent pas dans la réalité (source).
C’est pourquoi une forme de « résistance informationnelle » devient de plus en plus visible au sein de la communauté professionnelle. Un exemple révélateur est l’initiative annoncée par le syndicat « Учитель » (« Enseignant ») pour le 12 janvier, premier jour de travail après les vacances : les enseignants de tout le pays sont invités à organiser des cours sur les droits du travail et le rôle des syndicats. Le sens de l’action est formulé clairement : il s’agit d’une mesure douce, à caractère d’avertissement, et d’un signal adressé au ministère de l’Éducation et au gouvernement — les promesses d’augmentation des salaires ont été nombreuses, mais les enseignants n’ont pas ressenti de changements significatifs.
Le syndicat n’appelle pas à « monter aux barricades », mais à faire ce qui relève du métier : transmettre aux élèves des connaissances de base réellement utiles dans la vie. Concrètement, ce jour-là, on peut consacrer les « Conversations sur l’important » aux droits du travail, ou intégrer le sujet aux cours habituels : en mathématiques — des exercices sur le panier de consommation et le calcul des salaires ; en littérature — des récits sur le travail pénible et l’exploitation ; en histoire — des exemples de la lutte pour la journée de huit heures et du développement du mouvement syndical. L’accent est mis sur des questions pratiques auxquelles presque tous les travailleurs sont confrontés : que faire en cas de retard de salaire, vers qui se tourner pour se défendre, pourquoi on ne peut pas licencier quelqu’un « juste parce qu’il ne plaît pas », et pourquoi personne n’est tenu d’effectuer un travail dangereux.
Le syndicat souligne également que, ces dernières années, les « Conversations sur l’important » n’ont pratiquement jamais abordé les droits du travail — alors que l’on y a souvent promu des thèmes comme le business, l’entrepreneuriat et les « métiers du futur ». L’objectif de l’action est de rétablir un équilibre : les élèves sont les travailleurs de demain, et connaître ses droits n’est pas moins important que n’importe quelle conférence « motivationnelle ». Le syndicat invite aussi à soutenir l’initiative publiquement : organiser un cours, partager les supports/cartes à relayer et signer l’appel.
Source : https://t.me/pedago_gprof/1457