Dans un contexte de nombreux témoignages similaires, une conclusion de plus en plus évidente se dessine : la Russie pourrait s’acheminer vers une nouvelle vague de mobilisation, voire une mobilisation générale. Selon les militaires eux-mêmes et diverses sources, la cause ne réside pas seulement dans les pertes au front, mais aussi dans le système lui-même, où la corruption, la violence et l’impunité sont devenues le fondement de toute la hiérarchie militaire. De plus en plus, l’armée apparaît non pas comme une structure de guerre, mais comme un mécanisme d’extorsion, de coercition et d’élimination de ses propres soldats. Selon les militaires, refuser de payer les commandants transforme une personne en « inutile » : ces individus sont envoyés au front et pratiquement condamnés à mort. C’est ce cap, fixé par Vladimir Poutine, qui a fait des crimes de guerre, de la corruption et de la destruction de la vie humaine une pratique d’État — tant à l’égard des Ukrainiens que des citoyens russes.

Selon ces témoignages, une part importante du personnel est éliminée non pas au combat, mais au sein même du système. Les militaires doivent verser des sommes considérables — 2 à 3 millions de roubles. Ceux qui ne peuvent ou ne veulent plus payer sont de facto condamnés : ils sont soit tués par leurs propres forces, soit envoyés dans les zones les plus dangereuses, où la mort est presque inévitable — du fait du commandement ou des frappes ennemies, notamment des drones FPV. En conséquence, de moins en moins de soldats réellement aptes et prêts à combattre participent aux combats, et l’armée perd des hommes non seulement au front, mais aussi en raison de ses propres pratiques internes.

C’est précisément ce modèle qui rend une nouvelle mobilisation presque inévitable. Le personnel est utilisé de manière extrêmement inefficace, la vie humaine n’est pas protégée, et n’importe quel prétexte peut entraîner une sanction — d’une plainte à la moindre « faute », jusqu’à un simple regard de travers envers un commandant. Dans ce contexte, il devient de plus en plus probable que le renouvellement des effectifs se fera par de nouvelles vagues de mobilisation, pouvant toucher pratiquement toute la population.

Ci-dessous, un témoignage qui, selon ses auteurs, confirme ces conclusions :

« Il y a une “mise à zéro” du personnel, un transfert d’armes et des extorsions d’argent. Tout le monde doit payer les commandants. Si quelqu’un ne paie pas, il est considéré comme inutile. Cela signifie qu’on l’envoie au front et qu’on le “met à zéro”. »

Le sergent junior Denis Viatcheslavovitch Kolesnikov, militaire d’une unité d’assaut du 1435e régiment de fusiliers motorisés (unité militaire 95375) de la 27e division de la garde, a déclaré avoir été contraint de déserter en raison de menaces de représailles. Selon lui, un système d’extorsion fonctionne dans son unité : les soldats doivent payer de 1 à 3 millions de roubles pour rester à l’arrière. Ceux qui refusent sont envoyés au front et « mis à zéro ».

Le militaire affirme que de tels cas ont eu lieu dans son unité, après quoi les corps étaient évacués sur ordre. Il a également signalé des cas de détention illégale : des soldats étaient attachés à des arbres, et, selon lui, certains en sont morts. Il a aussi évoqué le retrait d’armes du front vers la base, où elles seraient cachées et enterrées.

Kolesnikov affirme avoir tenté d’obtenir une enquête auprès du FSB et du parquet, mais, selon lui, les plaintes « ne dépassent pas le régiment », et ceux qui se plaignent sont « éliminés ». Il affirme qu’on lui a demandé 3 millions de roubles, après quoi il a été transféré à Rostov, d’où il s’est échappé pour se cacher à Moscou.

Dans son témoignage, il nomme plusieurs commandants qu’il accuse : Vladimir Uloubek, Vladimir Khadyk, Nikita Podelin et Vladimir Semionov. Il mentionne également un commandant de compagnie qu’il qualifie de « criminel » et accuse d’abus et d’extorsion.

« Plus de la moitié de notre unité — environ 50 personnes — ont été “mises à zéro” par nos commandants. »

Pour étayer ses propos, il cite plusieurs soldats qui auraient été « éliminés » : Alexeï (« Tikhiy »), tué après une tentative de transfert ; le sergent-major « Kolpakov », tué pour des raisons personnelles ; Vassili (« Shumny »), abattu dans l’unité sous ses yeux ; ainsi qu’Evgueni (« Klyon »).

Selon Kolesnikov, de nombreux soldats ont fui et se trouvent actuellement à Louhansk et Donetsk. Ceux arrêtés par la police militaire seraient renvoyés sans documents, puis « disparaîtraient ». Il affirme avoir enregistré son témoignage de sa propre initiative et demander une enquête.

Source : chaîne Telegram « N’attendez pas de bonnes nouvelles »
https://t.me/ne_zhdi_novosti/5079

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